73 fosses, pêche à la mouche obligatoire et remise à l'eau : guide 2026 de la pêche au saumon sur la rivière Malbaie et de la truite en Charlevoix.
La rivière Malbaie descend des montagnes du nord de Charlevoix — elle traverse notamment le spectaculaire parc national des Hautes-Gorges — jusqu'au fleuve, et sur une partie de son cours, elle est l'une des belles rivières à saumon de l'est du Québec. On y pêche le saumon atlantique et la truite dans un décor de gorges, de forêt et d'eau vive — une activité exigeante, patiente, profondément liée au rythme de la rivière. Voici comment l'aborder, avec les règles entrées en vigueur pour la saison 2026.
Le décor de la rivière Malbaie, sur le territoire de la Corporation du saumon. Photo : Tourisme Charlevoix.
La rivière Malbaie : 73 fosses entre Clermont et le fleuve
La Corporation du saumon de la rivière Malbaie, dont le bureau d'accueil se trouve au 25 chemin des Chutes à Clermont, gère l'accès à la pêche sur l'ensemble du cours. On compte actuellement 73 fosses à saumon réparties le long de la rivière. Une fosse, en langage de pêcheur, est une cuvette d'eau plus profonde et plus calme où le saumon se repose pendant sa remontée — c'est là qu'on le pêche, et chaque fosse a son caractère, son courant, sa difficulté.
La rivière se divise en secteurs. Le secteur non contingenté regroupe les fosses 1 à 17, entre l'aval du pont de chemin de fer à Clermont et l'aval du pont de la route 138 à La Malbaie : on s'y inscrit à l'accueil sans réservation préalable, ce qui en fait le point d'entrée naturel pour qui découvre la rivière. Le secteur de la Zec des Martres (accessible du 1er juillet au 15 septembre) s'ajoute à cette formule libre. À l'inverse, les secteurs contingentés — au pied du barrage, en aval, et la portion qui remonte vers les Hautes-Gorges — limitent le nombre de pêcheurs pour préserver la ressource : l'accès s'y obtient par tirage au sort et, sur les terrains privés de la papetière, sous escorte de la corporation. Un secteur Écluse est par ailleurs réservé à la truite.
Pêche à la mouche et remise à l'eau : les règles de 2026
À partir de la saison 2026, de nouvelles modalités encadrent la pêche sur la rivière Malbaie. Seule la pêche à la mouche avec une ligne flottante est permise. L'objectif est clair : protéger les saumons qui remontent pour se reproduire, limiter les captures accidentelles et réduire la mortalité liée aux remises à l'eau quand la température de l'eau est élevée. C'est une orientation de conservation qui rapproche la Malbaie des grandes rivières à saumon gérées de manière durable.
Conséquence directe pour le pêcheur : la remise à l'eau de tous les saumons capturés à la pêche sportive est obligatoire. On ne vient donc pas chercher un poisson pour le souper — on vient pour le geste, pour la lecture de l'eau, pour le moment où la ligne se tend. C'est une pêche qui se savoure dans la pratique plus que dans la prise, et c'est précisément ce qui en fait l'intérêt pour beaucoup d'adeptes. Les règles exactes de saison, de quotas et de secteurs évoluent d'une année à l'autre : il faut toujours vérifier la réglementation provinciale en vigueur et les modalités de la corporation avant de partir.
Les services de la corporation : guide, initiation et accès
La pêche au saumon ne s'improvise pas, mais elle est plus accessible qu'on ne le croit quand on passe par la corporation. Le bureau d'accueil de Clermont est un véritable centre de services. On y achète son droit d'accès — à la journée pour le secteur non contingenté, ou par tirage au sort pour les secteurs contingentés — et l'on y trouve plusieurs formules : laissez-passer de cinq jours consécutifs, passe saisonnière individuelle ou familiale, tarif étudiant. Les moins de 18 ans pêchent gratuitement lorsqu'ils accompagnent un adulte, ce qui fait de la rivière une belle initiation familiale. Les permis provinciaux de pêche au saumon, eux, s'achètent à l'accueil comme chez les détaillants d'articles de chasse et pêche. (Les tarifs évoluent d'une saison à l'autre — vérifier les montants courants sur le site de la corporation avant de partir.)
Pour qui n'a jamais tenu une canne à mouche, la corporation propose un service de guide et d'initiation : un accompagnateur explique la lecture de l'eau, le lancer, le choix de la mouche, et fait gagner des années de tâtonnement en une matinée. La location d'équipement complète l'offre — cannes, bottes-pantalons, vestes — et une boutique vend mouches et matériel sur place, montés pour les conditions de la rivière. C'est cette combinaison, guide plus location, qui rend une première sortie possible sans rien posséder.
Le camping Le Saumonier : dormir au bord de la rivière
La corporation exploite aussi un camping, Le Saumonier, au bord de la rivière — sites avec ou sans services, et des unités de prêt-à-camper de type CoolBox pour qui veut dormir au son de l'eau sans monter de tente. Pour les pêcheurs sérieux, loger sur place permet d'être à la fosse aux meilleures heures, tôt le matin ou en soirée, quand le saumon est le plus actif. Clermont est à une dizaine de minutes de La Malbaie, ce qui rend la rivière facile d'accès même pour une demi-journée d'essai. Et tant qu'à être à Clermont, on peut prolonger par un arrêt à la distillerie Menaud, à deux pas, pour goûter ce que la région distille à partir de ses propres céréales.
La truite mouchetée : Grands-Jardins et pourvoiries
Si le saumon impose ses contraintes, la truite offre une porte plus large. Le parc national des Grands-Jardins est un lieu réputé pour la pêche depuis plus de cent ans — c'est l'un des rares territoires du Québec à offrir exclusivement la pêche à la truite indigène. Une soixantaine de lacs répartis en quatre secteurs offrent une qualité de pêche remarquable, accessible aux pêcheurs de tous niveaux, dans un paysage de taïga unique au sud du fleuve.
Les pourvoiries de Charlevoix, de leur côté, proposent des forfaits de pêche à la journée pour la truite mouchetée et l'omble chevalier, à la ligne légère ou à la mouche. C'est l'option familiale par excellence : un lac, une chaloupe, une ligne, et des souvenirs qui se gravent pour les petits comme pour les grands. Pour explorer plus largement le territoire sauvage de l'arrière-pays, notre guide des randonnées incontournables complète bien une journée de pêche par une montée vers les sommets.
La pêche à fascine de Saint-Irénée : une tradition vivante
Il existe en Charlevoix une tout autre manière de pêcher, ancienne et fascinante. À Saint-Irénée, Pêcheries Charlevoix perpétue la pêche à fascine — un piège fixe en filet installé entre les hautes et les basses marées, qui capture le poisson au rythme du fleuve. Cette technique ingénieuse, devenue rare, remonte plusieurs siècles. On y prend capelan, hareng, sardine, éperlan, poulamon, grand corégone et anguille, vendus sur place frais, surgelés, marinés ou fumés. La petite équipe pêche aussi l'esturgeon noir au filet maillant.
Ce n'est pas une activité de pêche sportive — on ne lance pas soi-même — mais c'est une rencontre avec un savoir-faire vivant, et une excellente adresse pour repartir avec du poisson local d'une qualité qu'on ne trouve pas en épicerie. Entre la rivière à saumon, les lacs à truite et le piège à fascine du bord du fleuve, Charlevoix offre trois visages très différents d'un même geste ancestral.
Le camping Le Saumonier a tout son charme au bord de l'eau ; cela dit, si au petit matin l'idée d'un spa pour soulager les épaules après le lancer et d'une grande cuisine équipée vous sourit davantage, le chalet Le Littoral avec spa extérieur et sauna, à une dizaine de minutes à Cap-à-l'Aigle, reste une alternative (à peine) plus douillette.
