Sentier de l'Orignac, Pas de Géants, Mont à Liguori, Zec Lac-au-Sable : cinq randonnées confidentielles en Charlevoix quand l'Acropole déborde.
Chaque automne, le même embouteillage se reforme : le stationnement de l'Acropole des Draveurs affiche complet dès neuf heures, et la file au sommet évoque davantage une caisse d'épicerie qu'une expérience de nature. C'est le paradoxe des palmarès — nous avons nous-mêmes contribué au phénomène avec notre guide des randonnées incontournables. Voici donc l'antidote : cinq sentiers que les visiteurs ne connaissent pas, où les points de vue rivalisent avec les célébrités et où l'on croise plus de geais gris que de randonneurs. Chut.
Le sentier de l'Orignac : la crête cachée de l'arrière-pays
Au nord de Saint-Urbain, le sentier de l'Orignac déroule sa ligne de crête entre la Traversée de Charlevoix et le mont Grand-Fonds — un territoire que seuls les skieurs nordiques fréquentent l'hiver. Le tronçon ouest part de la jonction avec la Traversée et file vers l'est jusqu'au lac McLeod, où le tronçon centre prend le relais dans une plantation de pins gris avant de grimper vers ses premiers belvédères. Le point de vue du kilomètre 4 est le morceau de bravoure : le mont Grand-Fonds, la vallée de la rivière Noire et les Palissades s'alignent dans le même panorama, sans un toit ni une ligne électrique en vue.

C'est une randonnée d'ambiance boréale, longue et solitaire, à réserver aux marcheurs autonomes : l'accès se fait par les chemins de l'arrière-pays et les services sont inexistants. En contrepartie, l'automne y est d'une beauté brute — et la probabilité d'y croiser l'animal qui donne son nom au sentier n'est pas nulle.
Les Pas de Géants : le balcon du Bas-Saguenay
À Saint-Siméon, la Zec Buteux–Bas-Saguenay entretient une boucle de 3,4 kilomètres qui concentre plus de variété que bien des sentiers trois fois plus longs. Le parcours, de niveau intermédiaire, traverse une érablière mature, longe des éboulis rocheux et des palissades forgées par les glaciers, puis débouche sur les fameux Pas de Géants : un enchaînement de crans de quartz où la végétation alpine s'accroche et d'où le regard plonge sur la vallée du lac Port-aux-Quilles. Le rapport effort-récompense est imbattable, et le poste d'accueil de la zec, au 101, chemin des Lacs, sert de point de départ — la zec est en activité saisonnière, un coup d'œil aux horaires s'impose.
Le Mont à Liguori et l'Ancestrale : l'étage sauvage du Massif
À Petite-Rivière-Saint-François, tout le monde connaît le Massif ; presque personne ne connaît les sentiers communautaires qui grimpent juste à côté. L'Ancestrale part de l'entrée du village et monte dans une érablière avant de se corser : passerelles, ponts et escaliers accrochés à la paroi rocheuse rythment la montée, qui sert aussi de porte d'entrée au sentier Gabrielle-Roy-Ouest et de sortie aux marcheurs de longue randonnée du Sentier des Caps. De là, l'ascension du Mont à Liguori s'amorce au Domaine à Liguori, géré par une coopérative de solidarité : le premier kilomètre traverse les emplacements de camping, rejoint la Petite rivière Saint-François, puis attaque la montée proprement dite. Au sommet, le fleuve s'étale — et il n'y a pas de télécabine pour vous y déposer, ce qui garantit la tranquillité.
Le sentier des Pointes : le pastoral de Saint-Urbain
Dans le prolongement des sentiers Les Florent, le sentier des Pointes commence là où peu de randonnées osent commencer : dans les champs. Le premier kilomètre ondule entre les cultures avec le village de Saint-Urbain, son clocher et les montagnes en arrière-plan — un décor de toile ancienne. Le sentier rencontre ensuite le ruisseau de l'Église, atteint un point de vue sur une cascade et un cran rocheux, puis s'enfonce dans la forêt boréale en s'aidant de passerelles. C'est la sortie parfaite de demi-journée, accessible et étonnamment variée, à combiner avec un saut au parc des Grands-Jardins tout proche pour les appétits plus grands.
La Zec Lac-au-Sable : trois sentiers, une cascade, zéro foule

Au nord de Clermont, la Zec Lac-au-Sable aligne trois sentiers gradués comme un menu : la Gamelle, 800 mètres faciles vers une chute, pour se mettre en jambes ; le sentier Menaud, 4 kilomètres linéaires avec pentes fortes, une cascade de 25 mètres et un point de vue perché à 900 mètres d'altitude ; et le sentier du Mont Élie, 8 kilomètres linéaires de niveau intermédiaire à difficile pour la journée complète. Le territoire est le même que celui qu'arpentent les quadistes — notre article sur le quad en Charlevoix décrit cet arrière-pays de lacs — mais à pied, on n'entend que les chutes.
Le mode d'emploi du hors-piste tranquille
Trois réflexes pour ces sentiers confidentiels. D'abord, vérifier l'accès : les zecs fonctionnent en saison et certains accueils ferment à l'automne, alors que les sentiers communautaires de Petite-Rivière-Saint-François et de Saint-Urbain restent ouverts à l'année. Ensuite, prévoir l'autonomie complète — eau, carte, vêtements chauds : personne ne patrouille ces crêtes, et le réseau cellulaire y est théorique. Enfin, viser les dernières semaines de septembre pour combiner solitude et couleurs d'automne : pendant que les autocars convergent vers les Hautes-Gorges, ces cinq sentiers restent à ceux qui savent.
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